Comme tous les quatre heures, nous goûtions avec maman et le père Ventru, qui est très gros, très fort et aussi très poilu des épaules sans être un ogre pour autant. A la terrasse du café, nous dégustions des glaces avec nos souris Tric,Trac et Troc. Elles grignotaient des miettes de cornets sur la table.

Le père Ventru lisait Ouest-France. Il s’est exclamé : « Tiens, monsieur Diamenteur a été cambriolé ! » Monsieur Diamenteur, c’est le bijoutier. Il sort de sa boutique toutes les dix secondes, contemple sa vitrine hideuse, se frotte les mains, retourne ajouter une horreur en devanture, admire l’effet, se frotte les mains… Une vraie manie !

Maman n’aime pas beaucoup cet homme. Elle dit qu’il est cupide et qu’il a si peu de goût qu’il pourrait tout aussi bien vendre des cuvettes de waters ou des poubelles pleines.

Comme la bijouterie de Diamenteur est en face du café et juste à côté des auto­-tamponneuses, nous avions l’actualité sous le nez. Plus que jamais, Diamenteur faisait l’important avec son nom dans Ouest-France.

Ventru  a  montré le titre  du journal: MYSTÉRIEUX VOL SANS EFFRACTION.

« C’est quoi, »sans effraction » ? j’ai questionné.

  • C’est quand on entre sans casser la porte ou la fenêtre, a dit maman.
  • J’entre toujours à la maison sans effraction, j’ai dit, mais je n’en fais pas une histoire.
  • Nigaud ! a dit C’est seulement quand on vient voler que ça compte.»

J’ai fait « Ah bon ! » pour ne pas avoir l’air nouille. J’ai replongé dans ma glace au chocolat. Après, nous nous sommes rendus au manège de Mickey. En passant devant William qui s’ennuyait sur une auto­ tamponneuse à  l’arrêt, nous lui avons fait des grimaces affreuses avec les yeux qui louchent et la langue qui pendouille. Silvère, Miràbelle et moi, nous sommes impitoyables avec nos ennemis. J’avais quand même le cœur serré pour William …

  • Au micro, Jules, le patron du manège de Mickey, disait : « Cent cinquante kilomètres à l’heure ! Roulez, roulez, petits bolides ! »

Les lumières clignotaient, la musique résonnait. Je renversais la tête pour bien sentir le vent. La soucoupe de l’espace décollait, plongeait, faisait de grands PCHITT !

« Si vous voulez que Mickey descende, il faut l’appeler bien fort ! disait Jules.

  • Mickey ! Mickey !
  • Plus fort, les enfants, plus fort !
  • MICKEY ! »

Jules actionnait Mickey ; Mickey bondissait au bout de sa corde ; il nous frôlait, nous narguait, nous glissait entre les doigts ; la tension grimpait à chaque tour.

Silvère faisait  d’autant  plus l’excité que William  nous  observait  du coin de  l’œil. Silvère avait saisi la queue du Mickey, WAOU !

Nous avons entendu un craquement.

La culotte de Mickey s’était déchirée. BLING ! BLING ! Il pleuvait des bijoux.

« Tu as encore fait l’andouille», a dit Mirabelle.

«Faut toujours que tu nous fasses remarquer », j’ai ajouté.

Dans quel pétrin allait donc nous fourrer mon frère ? En attendant, il regardait avec ahurissement les montres et les bijoux tombés dans la soucoupe volante.

Une banane dans son potage ne l’aurait pas plus étonné, mon frère.