En France, douze millions d’élèves sont privés d’école depuis le 16 mars 2020, à la suite des mesures prises par le gouvernement pour limiter la propagation du coronavirus. Pas question de se tourner les pouces, a insisté le ministre de l’Education nationale. L’école continue, à la maison !

Ce mercredi après-midi, Anna a un rendez-vous pas comme les autres. A 16h15 précises, elle retrouvera sa prof et ses copains du cours de théâtre… sur Skype. On ne va quand même pas annuler la séance à cause du Coronavirus ! C’est donc depuis sa chambre, à Merris, petite commune du Nord, que l’adolescente de 13 ans poursuivra cette activité hebdomadaire. Puis viendra le moment de faire les devoirs pour le collège, toujours devant l’ordinateur.

S’installer à son bureau ou dans le salon, allumer son PC, se connecter en ligne, télécharger des exercices de maths ou d’anglais… Voilà les nouveaux rituels de millions de jeunes dans le monde. En France, depuis l’annonce, le 12 mars, de la fermeture des établissements scolaires et universitaires, douze millions d’élèves doivent composer avec cette situation inédite. L’école est fermée, mais ce ne sont pas les vacances pour autant, a rappelé Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale.

Mais comment se préparer, du jour au lendemain, à passer du tableau noir aux plateformes en ligne ? « On improvise, on fait comme on peut », répond Sophie, la maman d’Anna. Professeure d’histoire-géographie, elle doit jongler entre l’accompagnement, à la maison, de ses trois enfants, et celui, à distance, de ses collégiens. Pour aiguiller ses élèves de 6e, elle a décidé de poster chaque jour une courte vidéo dans laquelle elle s’adresse à eux face à la caméra, et leur donne quelques consignes sur le nouveau chapitre à étudier.

Plus autonomes que les élèves du primaire et les collégiens, les lycéens sont, eux, confrontés à l’incertitude des prochains mois. Les épreuves du baccalauréat, fin juin, seront-elles reportées ? Comment se préparer au mieux aux examens ? Début mars, le gouvernement a mis en place la plateforme « Ma classe à la maison » qui propose aux enfants et adolescents des cours, activités et exercices de la maternelle à la terminale. Les enseignants peuvent aussi interagir directement avec leurs élèves au sein de classes virtuelles.

Le seul problème, c’est que de nombreux profs n’ont pas été formés à ces nouveaux outils numériques et surtout, tous les élèves n’ont pas accès à la plateforme. « Moi, la moitié de ma classe n’a pas d’ordinateur ! » lance Sylvie, une enseignante de Seine-Saint-Denis au micro de France Info. En France, près de huit ménages sur dix possédaient un ordinateur en 2017, selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). La même proportion est observée en ce qui concerne l’accès à Internet. Dans certains territoires, en banlieue parisienne par exemple, la fracture numérique est bien visible. Certains craignent que la suspension des cours ne renforce les inégalités scolaires et sociales.

Dans les foyers qui ont accès aux ressources en ligne, d’autres difficultés apparaissent. En ces temps de confinement, la maison devient un nouvel espace de travail, à la fois pour les parents et les enfants. Il faut le partager et s’organiser autrement. On se prête les PC et les tablettes, et on tente de résister à Netflix, Instagram ou aux jeux sur Internet. Mais pour garder contact avec les amis, rien de plus simple grâce aux réseaux sociaux. Avant l’arrivée de l’épidémie en France, Anna avait déjà un groupe avec ses camarades de classe … sur Snapchat.

Article de  Laure Wallois paru dans le Revue de la Presse en avril 2020