Sur les réseaux sociaux, on voit parfois fleurir des photos d’enfants

bodybuildés, dont la musculature surdéveloppée crée la polémique. La

musculation est-elle dangereuse pour les enfants ? Joffrey Drigny, médecin du sport au CHU de Caen, nous éclaire.

Le cas de Richard Sandrak (photo ci-dessus), petit garçon entraîné par son père comme un bodybuilder aux États-Unis, a longtemps suscité la polémique. Surnommé « Little Hercules » dans son enfance pour avoir joué le rôle principal dans le film du même nom en 2009, il est aujourd’hui âgé de 26 ans et est devenu cascadeur.

En Turquie, le cas récent d’un autre petit garçon, dont les exercices de musculation sont mis en scène par son père sur internet, interroge sur la pratique de cette activité chez les enfants. Le Dr Joffrey Drigny, médecin du sport au CHU de Caen, répond à nos questions.

Un enfant peut-il faire de la musculation ?

Oui. Mais il vaut mieux faire des exercices au poids du corps. En termes de musculation, il est donc tout à fait possible d’effectuer des séries de pompes, d’abdos, de tractions ou de gainage dès le plus jeune âge. Mais pas d’haltères ! Porter des charges lourdes risque de diminuer le potentiel de croissance d’un enfant.

Comment cela se traduit-il ?

On a eu le cas avec des gymnastes, qui commencent très jeunes et ont une croissance incomplète. Cependant, certaines études disent que ça n’aurait finalement pas d’impact sur la taille. Mais le vrai risque, c’est de créer des soudures prématurées du cartilage de croissance. Ce cartilage, c’est en fait des cellules précurseures osseuses. Lorsqu’elles sont stimulées par l’activité, elles se solidifient pour créer de l’os. Les charges lourdes peuvent développer des pathologies osseuses, de surmenage : fractures facilitées, problèmes d’insertion des tendons qui viennent tirer sur les os ayant encore du potentiel de croissance. L’enfant peut alors développer des douleurs chroniques.

Faut-il limiter la pratique du sport chez les enfants pour éviter cela ?

Bien au contraire, une activité physique raisonnée développe la croissance. Un enfant très sportif grandira aussi bien voire mieux qu’un enfant qui ne fait pas d’activité physique. Ça stimule la croissance. Mais ça doit rester ludique. Il leur faut des activités qui stimulent le dynamisme, impliquant des sauts, des réflexes. À un jeune âge, le but est surtout de développer l’appareil locomoteur, cardiovasculaire, la conscience neuromusculaire qui comprend la coordination des mouvements, la gestion de l’espace, etc. Le sport est aussi important pour leur socialisation.

Faut-il toutefois que la fréquence du sport reste modérée ?

Pas vraiment. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé stipulent qu’un enfant doit faire en moyenne 300 minutes d’activité intense, soit deux fois plus qu’un adulte. De 5 à 17 ans, il faudrait faire au moins 50 minutes d’activité physique par jour. Attention toutefois, l’activité physique n’est pas nécessairement du sport. Un enfant a de l’énergie à revendre durant tout son quotidien. Ça comprend les moments où il court, ce qu’il fait en récréation…

Finalement, à quel âge peut-on commencer la musculation sans danger ?

Au bout d’un moment, le potentiel de croissance est moins important, donc on prend moins de risques. On estime que les charges peuvent être augmentées à l’adolescence, vers 15 ans pour les filles et 16 ans pour les garçons. Il faut laisser passer le pic de croissance, qui a lieu un peu plus prématurément chez les filles, entre 12 et 14 ans, et entre 13 et 15 ans chez les garçons.

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