L’école ne permet plus aux jeunes générations de faire face à leur avenir, explique Didier Schmitt

(source: Le Monde.fr)

L’éducation est censée préparer la jeune génération à l’avenir. Mais le fait-elle encore ? Imparfaitement, en tout cas. Une preuve en est que deux millions d’emplois en Europe, nécessitant des compétences scientifiques et technologiques, ne sont pas pourvus ; rien que dans le secteur informatique il manque cent mille programmeurs. D’ailleurs, près d’un quart des Européens pensent que le système éducatif et de formation ne les prépare pas à trouver une profession, d’après une enquête Eurobaromètre.

Pour de multiples raisons, l’éducation s’est focalisée sur la spécialisation, mais la grande majorité des jeunes n’auront pas « un » emploi, mais « des » emplois tout au long de leur vie, surtout si l’on considère l’accélération des technologies et le fait que les enfants qui terminent leurs études maintenant ne seront à la retraite qu’après 2070. Même à l’université, les études sont trop focalisées et seuls 5% des étudiants qui ont un doctorat occuperont une fonction académique. Les autres seront-ils pour autant formés à un métier ? On en doute. Trop se spécialiser dans un environnement qui change sans cesse, c’est comme rouler vite avec des œillères.

Pour pallier le manque de compétences transversales, la créativité dans les salles de classe à tous les âges pourrait être le fait des élèves eux-mêmes, en devenant des « proconsommateurs » – producteurs et consommateurs – de connaissances. Ceci pourrait donner lieu à des jeux interactifs, qui sont un excellent moyen de mémorisation. Cela permettrait enfin de donner plus de sens – comme un lien avec la vie de tous les jours – à des matières qui peuvent être rédhibitoires, car il n’y a pas seulement un problème de contenu, il y a aussi la façon d’enseigner et la motivation d’une finalité. En Europe seuls 2% des jeunes sont attirés vers des matières scientifiques, en Asie ils sont 20% !

Bien des pays, et la France en premier, ont également mis en place un système élitiste de sélection de « talents ». Cet esprit de compétition – qui n’est pas très « égalité et fraternité » soi-dit en passant – laisse fort peu de place à un travail collaboratif. Or, le « pouvoir » n’est plus à ceux qui acquièrent et gardent jalousement un savoir, l’avenir appartient à ceux qui penseront collectif et développeront une intelligence interactive. La nouvelle génération est heureusement déjà tombée dans la marmite du partage en s’accaparant les technologies de communication avec les blogo- et autre tweetospheres.

LA PEUR D’AVOIR TORT

Un autre handicap, assez français aussi, est la peur inculquée à l’école d’avoir tort. Cela induit une forme de castration de l’esprit d’innovation et d’envie d’entreprendre par manque de confiance. Il y a aussi chez nous la peur de l’échec et l’absence de deuxième chance. Il faut donc introduire d’urgence, dès le plus jeune âge, un « permis » de se tromper et un « devoir » d’explorer. Sans cela, les opportunités continueront à se transformer en importunités.

Par ailleurs, à la place d’un encombrant smartphone très limité, la génération des années 2020 aura un assistant virtuel personnel – au fond du canal auriculaire et relié à une lentille de contact – qui répondra intelligemment et instantanément à toute question ; sans compter les cours en ligne faits par les meilleurs experts. On voit bien que le rôle de l’enseignant sera à redéfinir profondément.

Prenons donc le virage dès à présent, et avant tout apprenons aux enfants à apprendre! En effet, ce n’est plus la quantité mais bien la qualité qui fera la différence. Ainsi, les métiers dits manuels ont besoin de créativité. Pour un cuisinier par exemple, il est plus important de développer l’imagination que d’apprendre une liste de menus. Dans un monde où nous avons autant d’information par jour que quelqu’un au Moyen-Âge pendant toute sa vie, il est impératif de développer l’esprit analytique, critique et sélectif.

Questions

L’éducation, notamment celle qui est donnée à l’école, prépare-t-elle réellement les jeunes générations à leur avenir ?

L’école prépare mal les élèves à leur futur; c’est ce que prouve par exemple le manque de personnes possédant des compétences scientifiques et technologiques susceptibles de (capables de) répondre à la demande qui existe dans le domaine de l’emploi.

 

Le deuxième paragraphe évoque un réel problème lié à l’éducation, rendant celle-ci inefficace. Expliquez

L’éducation donnée aux jeunes se focalise (se centre) trop sur certaines spécialités, alors que ceux-ci devront changer plusieurs fois d’orientation professionnelle (de métier) durant leur vie.

 

Quel autre problème lié à l’école mentionne le 3e paragraphe ? Quelle solution propose-t-il ?

Le 3e paragraphe évoque (parle de) aussi deux autres problèmes liés à l’école: d’abord, celui des méthodes employées et, ensuite, celui du manque de motivation à viser une finalité (à vouloir atteindre son but). La solution à ces deux points négatifs serait de faire de l’élève un “pro-consommateur”, c’est à dire non seulement un consommateur, quelqu’un qui reçoit passivement de la part des professeurs, mais aussi un producteur de connaissances, et ceci en développant la créativité de chacun. Ce changement permettrait de donner plus de sens aux apprentissages et donc favoriserait la motivation.

 

Les § quatre et cinq évoquent également deux aspects de l’école qui nuisent à son efficacité. Résumez-les.

Le chapitre 4 souligne le rôle négatif de l’élitisme du système (le fait que l’école veut favoriser seulement les meilleurs). On y est en compétition (en concurrence, en guerre) les uns par rapport aux autres, alors que notre monde a besoin de beaucoup plus de coopération, d’entraide. Le dernier problème évoqué est la peur de l’échec (de la faute) inculquée (apprise) à l’école. Celle-ci représente un frein important (un empêchement, un handicap) à l’envie d’innover et de créer.

 

Sur quels conseils visant à améliorer l’efficacité du système scolaire se termine l’article ?

L’article se termine sur plusieurs conseils pour permettre à l’école de préparer les jeunes au monde dans lequel ils vivront. Tout d’abord, il propose d’ »apprendre à apprendre », c’est-à-dire de développer des compétences comme la créativité, l’esprit critique, la capacité à analyser les situations et à opérer des choix dans l’information.