Il était une fois un joli petit diable, tout rouge, avec deux cornes noires et deux ailes de chauve-souris.
Son papa était un grand diable vert, et sa maman une diablesse noire.
Ils vivaient tous les trois dans un lieu qui s’appelle l’Enfer, et qui est situé au centre de la Terre.
L’Enfer, ce n’est pas comme chez nous.
C’est même le contraire : tout ce qui est bien chez nous est mal en Enfer ; et tout ce qui est mal ici est considéré comme bien là-bas.
C’est pourquoi, en principe, les diables sont méchants.
Pour eux, c’est bien d’être méchant.
Mais pour notre petit diable, lui, voulait être gentil, ce qui faisait le désespoir de sa famille.
Chaque soir, quand il revenait de l’école, son père lui demandait :

-Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ?
-Je suis allé à l’école.
-Petit imbécile ! Tu as fait tes devoirs ?
-Oui, Papa.
-Petit crétin ! Tu savais tes leçons ?
-Oui, Papa.
-Petit malheureux ! Au moins, j’espère que tu t’es dissipé ?
-Ben…
-As-tu battu tes petits camarades ?
-Non, Papa.
-As-tu lancé des boulettes de papier mâché ?
-Non, Papa.
-As-tu seulement pensé à mettre des punaises sur le siège du maître pour qu’il se pique le derrière ?
-Non, Papa.
-Mais alors, qu’est-ce que tu as fait ?
-Eh bien, j’ai fait une dictée, deux problèmes, un peu d’histoire, de la géographie…

En entendant cela, le pauvre papa diable se prenait les cornes à deux mains, comme s’il voulait se les arracher.
-Qu’est-ce que j’ai bien pu faire à la Terre pour avoir un enfant pareil ?
Quand je pense que depuis des années, ta mère et moi, nous faisons des sacrifices pour
te prêcher le mauvais exemple, pour essayer de faire de toi un grand, un méchant diable !
Mais non ! Au lieu de se laisser tenter, Monsieur fait des problèmes !
Enfin, quoi, réfléchis : Qu’est-ce que tu comptes faire, plus tard ?
-Je voudrais être gentil, répondit le petit diable.
Bien entendu, sa mère pleurait, et son père le punissait.
Mais il n’y avait rien à faire : le petit diable s’obstinait.
A la fin, son père lui dit :
-Mon pauvre enfant, je désespère de toi. J’aurais voulu faire de toi quelqu’un, mais je vois que
c’est impossible.
Cette semaine encore, tu as été le premier en composition de français !
En conséquence, j’ai décidé de te retirer de l’école et de te mettre en apprentissage.
Tu ne seras jamais qu’un petit diablotin, un chauffeur de chaudière…
Tant pis pour toi, tu l’as voulu!