Depuis des milliers d’années, les hommes songent à conquérir l’espace.

Le mandarin Wang-Tou s’est assis sur son trône. Il est prêt à partir pour le cosmos. Son peuple l’entoure, il le considère avec curiosité et respect, mais aussi avec inquiétude.

Quarante-sept fusées ont été attachées à  l’auguste siège. Avec cérémonie, elles sont mises à feu en même temps et le mandarin disparaît dans les flammes et la fumée.

L’assistance, médusée, ne voit plus qu’un tas de cendres, là où il y avait tout à l’heure un mandarin. Elle en conclut que l’expérience a réussi; que Wang­ Tou, toujours assis sur son trône, doit sûrement naviguer dans l’espace !…

D’autres ont imaginé des solutions beaucoup plus fantaisistes pour « monter » jusqu’aux planètes. La légende raconte qu’Alexandre le Grand prit place dans un char tiré par des aigles affamés. On avait placé de la nourriture au bout d’un bâton dressé verticalement …

Au 18e siècle, quelqu’un imagina un attelage d’oies sauvages ; il devait, d’après les calculs, gagner la Lune en onze jours !

Pendant des siècles, les hommes rivalisèrent d’ingéniosité et inventèrent un nombre incroyable de machines destinées à envoyer un homme dans l’espace.

Certains proposèrent de dresser une tour de 300 mètres de haut, la hauteur de la Tour Eiffel ; on fixerait à son sommet un levier dont l’un des bras aurait 30 mètres et l’autre 300 mètres. Il aurait suffi de bascuIer le petit bras à une vitesse de 1,2 km/ seconde pour donner à l’extrémité de l’autre une vitesse dix fois supérieure et suffisante pour quitter la terre.

D’autres envisagèrent la construction d’une roue de 80 mètres de diamètre. Ils avaient calculé qu’il suffisait que la roue tourne à 65 tours par seconde pour qu’une personne, située sur sa circonférence, tourne à 16 km/seconde et soit lancée dans l’espace.

Dans son roman De la Terre à  la Lune, Jules Verne avait choisi la solution du canon. C’est ainsi qu’il nous décrit un obus habitable de neuf tonnes, lancé par un canon de 275 mètres de long… Au moment du lancement, les passagers devaient passer de l’immobilité totale à une vitesse de 16 km/ seconde. Avec une telle accélération, les occupants auraient été tués sur le coup aussi sûrement que s’ils avaient été heurtés de plein fouet par l’obus !

Les premiers travaux scientifiques dans le domaine de l’astronautique sont ceux d’un savant soviétique, Tsiolkovski. En 1903, fi proposa un projet d’astronef propulsé par un moteur-fusée à combustibles liquides ; on le prit pour un fou. Une idée de Tsiolkovski amusait beaucoup : le pilote de l’astronef était en position couchée, face au tableau de bord ; or, c’est exactement la position de départ des russes et américains, aujourd’hui.

C’est seulement après la seconde guerre mondiale que les études et les expériences vont se multiplier. Les plus importantes concernent les satellites artificiels. Mais le public ne s’intéresse pas à ces recherches. Aussi la surprise est grande lorsqu’on apprend, le 4 octobre 1957, que l’URSS a mis sur orbite autour de la Terre un satellite de 86 kilos. C’est le fameux Spoutnik 1. Il tournait autour de la Terre en 90 minutes en émettant son célèbre « bip-bip » que les radios du monde entier retransmirent.

Quatre ans plus tard, pour la première fois un satellite est habité par un homme: Youri Gagarine. Depuis, les expériences se sont multipliées. De très importantes équipes de chercheurs ont travaillé à la mise au point de nombreux programmes : Skylab, Orbiter (navette spatiale), Soyouz, Saliout ou Ariane. Mais le plus célèbre d’entre eux est sans doute le programme Apollo qui a conduit les Américains sur la Lune.

La conquête du cosmos est devenue si familière que nous oublions souvent les risques pris par les pilotes. En une dizaine d’années, une douzaine d’hommes sont morts pour satisfaire notre curiosité. Mais la curiosité de l’homme a toujours été plus forte que la peur du risque … En réalité, le risque est plus faible pour un explorateur du cosmos qu’il ne l’était pour un explorateur de la Terre au 16e siècle. En 1519, Magellan était parti avec 264 hommes et cinq navires pour faire le tour de la Terre sur les mers.

A son arrivée , trois ans plus tard, 18 hommes seulement descendirent du seul bateau qui lui restait.

Jean GUION© Éditions M.DJ. 1994.