« Un Kevin n’a pas le droit d’être un intellectuel… » Populaire dans les années 1990, ce prénom irlandais serait-il devenu un véritable handicap social ?

Pas facile de s’appeler Kevin… C’est justement le prénom lourd à porter du héros du nouveau roman de Iegor Gran, intitulé La Revanche de Kevin (éd. P.O.L).

Le protagoniste, qui travaille à la radio, lit Le Monde et flâne dans les salons littéraires, fait l’objet de moqueries incessantes depuis la petite enfance.

En cause, le mauvais goût de ses parents, qui ont choisi de l’affubler de ce prénom « de beauf » (une personne de mauvais goût) […]

Signes extérieurs de mépris

Pour le sociologue Baptiste Coulmont, auteur de Sociologie des prénoms (éd. La Découverte), ces attributs choisis pour nous par nos parents peuvent constituer de véritables indicateurs de position sociale. Joint par Lepoint.fr, il explique que le prénom Kevin a surtout été donné dans les années 1990 à des enfants issus des classes populaires influencées par les séries américaines. Après les Dylan, enfants des fans de la série Beverly Hills, le boys band Backstreet Boys lance la vague des Kevin. Idem pour Jessica ou Cindy. Souvent mal perçus par les classes supérieures, ces prénoms suscitent de manière générale le mépris des milieux sociaux qui privilégient les prénoms ayant fait leurs preuves au détriment de la rareté. Les Thomas, Camille et autres Léa, en somme. « Il y a une lecture sociale des prénoms », résume le chercheur [.. .]. « En réalité, Kevin souffre lorsqu’il est confronté à la classe intellectuelle parisienne. » […]

Mais naître Kevin, ce n’est pas seulement subir les mesquineries et les remarques désobligeantes de son entourage. C’est aussi un accès à l’emploi menacé par un concurrent au prénom plus classique. Ainsi, Jean­François Amadieu, le directeur de L’Observatoire des discriminations, a remarqué qu’à CV égal un Kevin voit ses chances de se faire embaucher diminuer de 10 à 30 % par rapport à un Arthur.

À moins, bien sûr, de s’appeler Spacey, Costner ou Bacon.

selon un article publié par Clara Brunel le 1er avril 2015 sur www.lepoint.fr